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mercredi 9 novembre 2011

Facebook vous connaît mieux que vous ne le croyez

(source: Elec-intro)


Facebook possède une excellente mémoire à long terme. En fait, il n’oublie rien et archive tout. C’est ce que nous montre Camille Gévaudan, dans son article Facebook : la mémoire cachée. Cet article fait suite à des informations révélées par Max Schrems, qui a, du 18 août au 19 septembre 2011, déposé 22 plaintes contre Facebook, auprès du Commissaire irlandais à la protection des données, en raison des données personnelles qu’elle accumule sur ses membres et sur des non-membres, à leur insu et même lorsque les premiers croient les avoir effacées. Dans le cas de Schrems, l’entreprise détenait 1222 pages de données qui se rapportaient à lui.

Facebook stocke donc des données personnelles sur ses 800 millions d’usagers, classées en 59 catégories. Les archives détaillent, entre autre, pour un membre donné :

  • Ses anciens pseudonymes;
  • Ses courriels, ses statuts, ses pokes, ses tags de photos et ses messages instantanés;
  • Ses demandes d’amis refusées;
  • Les événements auxquels il a accepté ou non de participer;
  • Les ordinateurs sur lesquels il s’est connecté à son profil Facebook, de même que la date, l’heure et la position géographique correspondant à la connexion;
(source: Écrans)
















Selon Max Schrems, Facebook conserverait également des fiches sur des non-membres en recoupant automatiquement les informations disponibles sur le web à leur endroit ou fournies par ses usagers. C’est ce qui expliquerait pourquoi, lorsque Facebook invite par courriel une personne à s’inscrire sur sa plateforme, il est en mesure de suggérer une liste de membres que celle-ci pourrait connaître (source: Camille Gévaudan).

D’autres sujets d’inquiétude au regard de la vie privée

Dans L'Allemagne s'attaque aux excès de Facebook, le journaliste Justin Sullivan relève d'autres irrégularités de Facebook à l’égard de la protection de la vie privée. Il pointe tout d’abord son système de reconnaissance faciale, qui a servi à identifier, jusqu’à maintenant, 450 millions de personnes, sur une portion des 75 milliard de photographies que l'entreprise héberge, sans obtenir préalablement leur consentement.

Sullivan souligne ensuite la problématique des boutons « J’aime »,incrustés dans une multitude de sites web, qui permettent à Facebook d’élaborer des profils des visiteurs, membres ou non-membres, par le biais de leur adresse IP. À cela s’ajoute, enfin, le fait que Facebook rapatrie aux États-Unis toutes les données personnelles de ses membres situés à l’étranger, toujours sans leur consentement.

  
Ces irrégularités font également l’objet de plaintes, de la part de deux citoyens allemands : Johannes Caspar et Thilo Weichert.

Au Canada
Qu’en est-il de la légalité de la gestion des données personnelles de Facebook au Canada? En juillet 2010, le cabinet d’avocats torontois Merchant Law Group a entreprit un recours collectif contre la plateforme sociale en raison du viol de la vie privée de ses usagers canadiens, pour les avoir trompés au plan des conditions d’utilisation et pour sa politique en matière de données personnelles (source : Guillaume Champeau).

Si vous êtes Canadiens et estimez avoir été lésés dans vos droits à cet égard, il est possible de joindre le recours collectif à l’adresse suivante.
Par ailleurs, le Commissariat canadien à la protection de la vie privée n’est pas demeuré inactif devant les plaintes de ses concitoyens en la matière, puisqu’en 2009, il a obtenu des modifications de la part de la plateforme sociale, qui sont, entre autre, les suivantes:
· Facebook doit supprimer les données personnelles de ses membres lorsqu’ils se désinscrivent;
· Facebook doit informer ses membres que la désactivation de leur compte ne signifie pas que leurs données personnelles seront supprimées;
· L’usage de données personnelles pour créer des jeux et des quiz est interdite faute d’un consentement clair de la part des personnes concernées;
· Facebook doit avertir ses membres qu’ils ne peuvent afficher d’adresses électroniques de non-membres sur leur profil sans obtenir leur permission au préalable.
           (source : LeMonde.fr)

  
Quelques liens utiles...
· Cliquez ici pour connaître le détail des 22 plaintes déposées par Max Schrems contre Facebook.
· Cliquez ici pour connaître les différents types de données conservées par Facebook à propos de ses usagers.
· Si vous êtes un usager de Facebook et que vous résidez à l’extérieur des États-Unis ou du Canada, vous pouvez accéder aux données personnelles qui vous concernent et que le site a accumulées sur vous. Cliquez ici pour connaître la procédure.
· Sur le système de reconnaissance faciale de Facebook, vous pouvez consulter l’article suivant, du journal L'express .
· Le graphique qui suit donne un aperçu de l’évolution de Facebook au regard de la vie privée, de 2005 à 2010.

jeudi 3 novembre 2011

Quelques conseils pour ne communiquer qu'avec des êtres humains certifiés "bio" (Mon ami est un robot, partie II)

Vous pourriez en fréquenter sur les réseaux sociaux sans le savoir. Vous les connaissez comme les amis de vos amis, ils s’expriment comme des humains, mais ce ne sont pas des humains : on les appelle des robots sociaux (suite du billet précédent, intitulé Mon ami est un robot).

Comment convient-il d’agir devant la nouvelle réalité des robots sociaux? Voici trois conseils que vous pourriez suivre: 


      ·         Premier conseil : étendez vos communications lorsqu'une personne vous paraît suspecte


(source de l'image: Wiki Noticia)
On ne peut apprendre l’existence de ces robots sans penser au défunt Alan Turing, l’un des pionniers de la science informatique et l’inventeur du test de Turing: si un humain se voit incapable de différencier une communication avec un ordinateur d’une conversation avec un autre humain, alors l’ordinateur passe le test avec succès.  

Dans cette logique, afin de savoir si la personne avec qui l’on communique est humaine ou artificielle, il convient, selon Tim Hwang, chercheur associé au Berkman Center for Internets and Society, d’avoir une discussion plus longue avec elle. En effet, la simulation d’une conversation humaine ne passerait le test sur Twitter que parce que la plateforme repose sur de courts messages, lors de courtes interactions.
·         Second conseil : n’acceptez pas n’importe qui dans vos réseaux sociaux
C’est une évidence mainte fois répétée et c’est une solution qui vous préservera également des harceleurs, des trolls et de quiconque a intérêt à accumuler des données personnelles sur nous (les fraudeurs et les entreprises, pour commencer). Cela peut inclure également les amis de vos amis.

(source: Les pieds sur terre)

Pour tester la capacité de réseautage de Facebook, j’ai constitué, en 2010, un réseau de 1500 amis en l'espace de trois semaines, sans connaître quiconque. Les premières sollicitations d’amitié ont été peu fructueuses, mais à mesure que des usagers m’acceptaient, il me devenait facile d’ajouter de nouveaux amis tirés de leur réseau social, puisque j’apparaissais désormais comme l’ami d’un ami. Après deux semaines, je ne sollicitais plus personne : ce sont les amis de mes nouveaux « amis » qui m’invitaient. Ce réseau, je l’ai construit sans mentir ni même communiquer avec qui que ce soit, parce qu’à l’exception d’une dizaine d’usagers, personne ne m’a demandé qui j’étais et d’ où nous nous connaissions. Imaginez, maintenant, la facilité avec laquelle un robot peut s’immiscer dans votre graphe social, lui qui déborde de temps libre…


     ·         Troisième conseil : sachez à qui vous avez affaire

(source de l’image: Socialbot Central)

La meilleure solution, pour détecter une communication artificielle, reste encore de connaître les caractéristiques de son émetteur.
 
Les robots utilisés dans le cadre du projet Realboy, sur Twitter, communiquaient en dupliquant des tweets de vrais usagers, de manière aléatoire. Ainsi, ils n'étaient pas à l'abri d'émettre des énoncés hors propos, lesquels devenaient de plus en plus probables au fur et à mesure que s'étendaient les échanges avec un même interlocuteur (ce qui nous ramène au premier conseil). Il existe cependant d'autres types de robots sociaux que ces duplicateurs.   
 
En effectuant une recherche sur le web pour mieux connaître le phénomène des robots sociaux, j’ai trouvé le site Socialbot Central, consacré à un robot social développé par Dario Nardi. Celui-ci n’est pas destiné à fabriquer de faux profils sur les plateformes sociales, mais sert de compagnon dans les jeux virtuels ou peut être couplé à un système robotique physique.

Le robot de Nardi peut initier des conversations dans le but d’accumuler des données qu’il pourra se remémorer et réutiliser dans des conversations futures, faire des inférences, catégoriser l’information et puiser dans une encyclopédie de connaissances communes. Ce robot fonctionne à partir de comportements ("behaviours"), c’est-à-dire de courtes séries d’instructions destinées à l’effectuation de tâches précises qui se combinent et s’actualisent lorsqu’il reçoit des données utilisables de la part de la personne avec qui il est en interaction et qui orientent son identité. Ces comportements peuvent être cachés à son interlocuteur, afin qu’il puisse saisir au cours de la conversation un « pattern » dans ses valeurs personnelles.   
Il est possible de télécharger une version limitée de ce robot ici. Quelques secondes passées en sa compagnie vous permettront de comprendre ses limites, ses tics et ses tactiques. Mais, ce faisant,  il ne faut pas oublier que :



1) cette version du logiciel est simplifiée, donc moins performante que la version intégrale;
2) le logiciel date de 2006 et que, depuis, des progrès ont été effectués dans le domaine de l’intelligence artificielle;
3) les robots sociaux du futur ne pourront que gagner en intelligence et rendre plus difficile la détection de leur artificialité;
4) vous savez que vous communiquez avec un robot, ce qui ne sera pas le cas dans le contexte des plateformes sociales, lorsque vous ne serez pas sur vos gardes;

En conclusion, j’attirerai votre attention sur le fait suivant : les robots sociaux tel que celui que j'au testé sont programmés de telle sorte que plus vous les informez sur vous-même et plus ils vous apparaîtront humains. Plus crédible sera leur simulation.

Ceci dit, il s’agit d’un phénomène encore marginal qui pourrait être enrayé par les développeurs des plateformes sociales avant qu'il ne se généralise que vous ne rentriez en communication avec eux. Néanmoins, certains des conseils promulgués précédemment demeurent valables pour vous prémunir contre les êtres humains certifiés « bio » malintentionnés que vous ne gagneriez pas à connaître.  

Mon ami est un robot

(source de l’image : Global Nerdy)
Vous pourriez en fréquenter sur les réseaux sociaux sans le savoir. Vous les connaissez comme les amis de vos amis. Ils s’expriment comme des humains, mais ce ne sont pas des humains : on les appelle des robots sociaux.
Techopedia définit les robots sociaux (en anglais : « socialbots » ou « social networking bots ») comme des logiciels automatisés qui contrôlent un profil sur une plateforme sociale et qui se font passer pour des humains. L’étudiant en ingénierie informatique Greg Marra les distingue des « spambots », car là où ces derniers diffusent simultanément une multitude de messages contenant des liens à des internautes sélectionnés au hasard, les robots sociaux communiquent un message à la fois, avec des personnes dont ils partagent le même réseau social (source: Greg Marra).
Dans un billet publié le 2 novembre sur Radio-Canada.ca, le blogueur Vincent Grou décrit comment les chercheurs britanno-colombiens Yazan Boshmaf, Ildar Muslukhov, Konstantin Beznosov et Matei Ripeanu sont parvenus à insérer des robots sociaux dans le graphe social d’usagers de Facebook (l'étude intégrale est disponible ici). Pendant huit semaines, 102 robots, sur 102 profils Facebook, ont invité 8 570 usagers à devenir leurs amis. 3 055 d’entre eux ont accepté et ont ouvert la porte à un réseau de 1 085 785 personnes. Les « bots » ont ainsi recueilli 46 500 adresses électroniques, 14 500 adresses physiques d'usagers (source: Vincent Grou). En outre, ils ont accumulé de l'information sur leur sexe, leur date et lieu de naissance, leur lieu de résidence et de travail, les écoles qu'ils ont fréquentées, leur numéro de téléphone, les identifiants de comptes de messagerie instantanée et leur situation familiale. Cela a été rendu possible grâce aux failles dans la sécurité de Facebook, qui n'a détecté que 20% des faux profils grâce à la vigilance de ses membres (source: Jean Elyan et IDG NS).
Facebook n’est pas la seule plateforme sociale qui recèle des robots sociaux parmi ses membres. Tweeter également. Le blogueur de CBC News Dan Misener a consacré un billet sur le sujet le 29 mars dernier. Il y mentionne notamment le fait que des robots sociaux pourraient influencer l’opinion publique, mais nous reviendrons sur le sujet dans un billet ultérieur.     
Selon Misener, les robots peuvent non seulement tweeter, mais également répondre aux tweets d’autres usagers ou se les approprier et re-tweeter les messages populaires. Pour illustrer le phénomène, il relate l’histoire de @trackgirl. @trackgirl est un robot social élaboré par Zack Coburn et Greg Marra, dans le cadre d’un projet d’architecture informatique appelé Realboy (que vous pouvez consulter ici). L’objectif était de l’intégrer dans un réseau social d’amateurs de course à pied sur Tweeter. Pour ce faire, elle s’exprimait à propos de son entraînement pour un marathon, jusqu’au jour où son projet (fictif)  a été compromis par un accident au genou. Non seulement @trackgirl s’est taillée une place auprès des amateurs de course, qui sont devenus ses « followers », mais elle a également développé avec eux une connexion émotionnelle.
Communiquer avec un robot à notre insu peut être, après dévoilement de la supercherie, quelque peu perturbant pour qui s’est laissé prendre. Mais le danger ne réside pas là. Le danger réel, c’est de laisser entrer dans son graphe social ces robots sociaux, des logiciels qui sont conçus pour accumuler des données personnelles et qui pourraient potentiellement nourrir la fraude, l’usurpation d’identité et les activités des entreprises qui œuvrent dans le commerce de données personnelles (dans ce domaine, Facebook n’est pas innocent, si l’on se rapporte au billet suivant, de Frédéric Cavazza).